Une pierre dressée vue en contre-plongée, le ciel déchiré derrière elle ; une silhouette debout à sa droite, un bâton à la main.

Journal · 8 juin 2025 · Finistère

Le druide et l'équipe de tournage

Il n'y avait que lui et nous.

Récit

C'était un dimanche de juin, une balade en famille. Rien de prévu, rien de recherché.

Et puis il y a eu cette rencontre : un druide, debout près d'un menhir, dans un champ.

Il n'y avait que lui et nous.

Enfin — lui, nous, et l'équipe de tournage qui l'accompagnait.

Ce que le cadre laisse dehors

La photographie montre un menhir en contre-plongée, un ciel déchiré derrière, et une silhouette debout à sa droite, un bâton à la main. On y voit un homme seul avec une pierre, sous un orage qui monte.

C'est vrai, et c'est faux.

C'est vrai parce que rien n'a été ajouté : la pierre était là, l'homme était là, le ciel faisait ça. C'est faux parce qu'à quelques mètres, hors du cadre, il y avait une caméra, un drone, des gens, du matériel, et tout ce qu'il faut pour fabriquer une scène.

Je n'ai pas caché l'équipe. Je l'ai simplement laissée dehors, comme on laisse dehors tout ce qui n'entre pas dans un rectangle.

C'est peut-être ce qu'une photographie fait de plus radical. Elle ne ment pas sur ce qu'elle montre. Elle se tait sur tout le reste.

Et personne n'a rien dit. Ils travaillaient, nous passions. Il n'y a pas eu d'échange, pas un mot, pas même un signe. C'est sans doute pour ça que l'image tient : je n'ai rien demandé, il n'a rien joué pour moi. Il jouait pour la caméra d'à côté, et je me suis servi de ce qu'il en restait.

Ce à quoi je pensais en la prenant

Pas à ça, sur le moment.

En la prenant, je pensais à Astérix et Obélix, et aux légendes bretonnes. C'est un mélange un peu bête, et c'est exactement ce qui m'est venu : le druide de l'album et celui des contes, dans le même champ, avec un vrai menhir à côté.

Une rencontre qu'on ne peut faire qu'ici.

Je ne me moque pas de lui. Il faisait son travail, et il le faisait bien : la silhouette tient, le bâton tient, l'allure tient. Sans lui, cette photographie n'existe pas.

Une des premières que j'ai encadrées

Elle est tellement singulière que c'est une des premières que j'ai fait encadrer.

Je crois que c'est pour ça : elle réussit quelque chose que je ne sais pas refaire à volonté. Une forme dressée qui occupe la moitié du cadre, un homme minuscule à côté, et entre les deux tout l'espace nécessaire pour qu'on comprenne le rapport de taille.

C'est la définition même de ce que je cherche. Sauf que là, je ne l'ai pas cherchée. Elle s'est présentée.

Le reste de la balade

Cette rencontre, plus la lumière, ont fait le reste de la journée.

Le menhir était en début de soirée. Ensuite il y a eu la plage, la longue courbe sous les nuages. Puis le soleil est descendu, et la lumière s'est mise à traîner sur le sable mouillé.

Trois images gardées. Il y a des jours où tout se met en place, et d'autres où l'on rentre avec rien. Celui-là avait commencé par un druide.

Ce que les enfants ont regardé

Ils étaient bouche bée. Un druide, un vrai menhir, un ciel qui menaçait : de quoi impressionner.

Et puis ils se sont retournés vers la caméra. Vers le drone, surtout.

Le druide était devenu le décor. Ce qui les intéressait, c'était la machine qui volait.

Comme quoi le futur intéresse parfois plus que le passé.

Ce que la pierre en pense

Le menhir, lui, était là bien avant tout le monde.

Quelqu'un l'a dressé pour une raison que plus personne ne connaît. Des milliers d'années plus tard, on a filmé un homme déguisé en ce passé-là. Un drone tournait au-dessus. Des enfants regardaient le drone.

Quatre âges dans le même champ, et personne d'accord sur celui qui compte.

La pierre n'en sait rien et ne s'en occupe pas. C'est précisément ce qui m'intéresse chez elles : elles ont été posées là pour quelqu'un d'autre, et elles tiennent.

Elle tient toujours.

Une pierre dressée vue en contre-plongée, le ciel déchiré derrière elle ; une silhouette debout à sa droite, un bâton à la main.
018 juin 2025
Une longue courbe de plage sous un ciel nuageux, quelques silhouettes minuscules au bord de l'eau.
02Les Amiets, Cléder. 8 juin 2025
Vue large d'une baie au soleil bas, la trainée de lumière sur le sable mouillé, des silhouettes minuscules.
03Les Amiets, Cléder. 8 juin 2025

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